Leçon N°12 : “Le Domaine Avéla, un grand petit du Languedoc.”

Le Domaine Avéla est l’un des plus petits vignobles du Languedoc (4ha) avec une production de 4000 bouteilles qui suit un cahier des charges le plus étoffé possible. Se trouvant dans une petite commune de l’appellation « Saint Chinian », l’unique cuvée du domaine « Théodore » est pourtant classé sous la dénomination « vin de France », un moyen, comme d’autres l’ont déjà fait, de s’affranchir des contraintes d’une appellation.

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Après un déjeuner aux halles de Narbonne, je me dirige vers le petit village de Quarante afin de rencontrer le propriétaire du Domaine Avéla. Je m’arrête comme dans la description de Monsieur Avéla devant un immense portail bordeaux et y trouve une petite plaque en bois avec une sonnette, simple, discret et efficace, tout comme son créateur. On entre directement dans le chai, c’est petit, c’est cosy, c’est agréable. Franck me fait visiter en me racontant sa façon de travailler.

Un "vieux neuf" pressoir à cliquet
Un “vieux neuf” pressoir à cliquet

La vendange est réalisée à la fraîcheur du levée du jour pour s’arrêter au plus tard à 9h30. Les raisins sont alors acheminés encore frais par petite caissettes à la cave. A partir d’ici, seuls les deux propriétaires du domaine interviendront sur la récolte. Les raisins sont alors égrappés à 100%, passent 2 mois minimum en cuve, puis sont pressés dans une reproduction parfaite d’un vieux pressoir à cliquet.

L’assemblage est alors effectué directement après et l’élevage se fera une partie en cuve et une partie en barriques pendant 2 ans. A noter qu’un pigeage manuel (geste ancestral très dangereux qui consiste à enfoncer les parties solides avec la partie liquide dans la cuve) est réalisé matin, midi et soir et que le vin n’est ni filtré, ni collé. Les mises en bouteilles sont faites en avril (Ils vont d’ailleurs soutirer 2013 ce mois-ci).

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Les cuves

J’apprends que depuis leur création, ils n’ont jamais eu de soucis avec une bouteille, que le bouchon de liège haut de gamme est sélectionné à la main depuis toujours et qu’une bouteille ouverte a déjà tenu jusqu’à 13 jours… J’ai hâte de goûter ce nectar en 2012 car j’ai déjà aperçu la bouteille trônant sur le marbre de la table de dégustation.Les barriques

Revenant tout juste de ma visite de la Tonnellerie Saint Martin, je ne peux m’empêcher de jeter un œil aux barriques : principalement des Séguin-Moreau de chauffe moyenne et Franck me précise qu’ils effectuent un ouillage hebdomadaire (Cela veut dire qu’on remet du vin dans la barrique, on remplace ainsi “la part des anges” qui s’évapore pendant l’élevage). La bouteille que je vais avoir le plaisir de déguster est apparemment ouverte depuis hier soir. La robe est brillante, limpide. Le nez est discret avec des notes de fruits noirs presque réglisse. Le vin a de la matière, il est velouté, les tanins sont fondus, on sent quelques épices… Le bois utilisé pour l’élevage est indéniablement de qualité. C’est vraiment un vin fin et élégant et je comprend aisément pourquoi depuis la création de  ce domaine, il est présent sur les plus belles tables du monde.

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Je jette un coup d’œil à la caverne d’Ali Baba avec tous les anciens millésimes du domaine jalousement conservés et me laisse alors tentée par un magnum de 2010 (seule année en magnum pour l’instant). Franck Avéla me propose ensuite d’aller visiter leurs vignes et quelle surprise ! Je le suis lui et sa femme en voiture jusqu’à une route caillouteuse perdue en pleine campagne pour arriver au paradis : un plateau en pleine garrigue avec le soleil à 360°.

J’apprends alors que les vignes (Syrah, Grenache, Cinsault et Carignan) sont d’une qualité exceptionnelle car en effet, ils les ont rachetées en 2002 à la première coopérative bio du Languedoc (disparue aujourd’hui). Non seulement les vignes sont, pour certaines, très âgées mais elles ont la chance d’avoir un sol avec une vie microbiologie exceptionnelle. Les parcelles, loin de toute perturbation de la route ou d’un voisin qui utiliseraient des pesticides, s’épanouissent dans un environnement naturel au possible. Le sol n’est pas travaillé, l’herbe court entre les rangs de ceps, le sol se travaille de lui-même, c’est ce qu’on appelle un enherbement naturel maîtrisé. L’herbe est importante, elle permet de maintenir la terre en place lors de pluie et d’orages, elle va faire concurrence à la vigne au niveau de l’eau l’obligeant à plonger ses racines plus profondes ; ce qui permettra au terroir de s’exprimer pleinement ; et enfin l’herbe protège la vie microbiologique du sol qu’on sait aujourd’hui si importante.

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Un amandier est en fleur près des pieds de Carignan plantés en 1911, des poireaux sauvages et du thym se baladent entre les pieds de vignes et quelques oliviers finissent de planter le décor. Le domaine Avéla a un terroir et un environnement aromatique exceptionnel. Le soleil, les odeurs de garrigue, le silence loin de la moindre route, c’est un petit bout de paradis hors du temps.

J’apprends pour terminer cette superbe visite qu’ils utilisent un peu de souffre et de bouillie bordelaise qui seront administrés à l’aide d’atomiseur à dos afin de réduire au maximum la quantité de produit utilisé et qu’une taille tardive complétée par des vendanges en vert permettent d’obtenir de petits rendements (en dessous de 10hls/ha) qui font toute la qualité de ce vin.

Un petit vin donc en bien des aspects mais tellement grand pour d’autres… En commençant par la gentillesse et la passion de Franck Avéla et sa femme qui m’ont accueillie dans leur petit paradis du Languedoc.

 

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