Leçon N°13 : « Château Pontet-Canet ou quand la réussite fait jaser… »

Jean-François de Pontet décida de construire sur le lieu dit Canet un domaine viticole et ainsi naquit le Château Pontet-Canet. Bienvenue dans cette splendide demeure s’inspirant de l’architecture du théâtre de Bordeaux.  3 siècles et seulement 3 propriétaires différents plus tard, nous voilà devant le premier grand cru classé du Médoc a être en 100% biodynamie. En effet Guy Tesseron, négociant en cognac, dernier détenteur du vignoble, a su sous l’impulsion de Monsieur Jean-Michel Comme, son maître de chai, prendre la direction de cette agriculture qui se veut au plus près de notre terre. Sujet si sensible ces dernières années dans le monde en général, dans celui du vin en particulier et ô combien craint dans le Bordelais…

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Le cuvier à étage en bois est splendide avec ses  boiseries datant du XIXème siècle et son toit en structure métallique style Eiffel. Les grappes sont apportées par près de 250 vendangeurs en cagettes pouvant contenir 7,5 kg de raisins sur des tables vibrantes qui se trouvent à l’étage. La vendange se fait par gravité depuis 2001, abandonnant ainsi les pompes et revenant aux fondamentaux en se servant à nouveau de ces 16 foudres qui ont vu tant de vendanges. Un retour aux sources s’opère donc dans les vignes mais aussi dans le chai. La fermentation malolactique s’opère en cuve béton pendant 4 semaines avec très peu de remontages. Les températures sont vérifiées par les équipes, c’est le premier cuvier du genre dans le Médoc.

L’élevage en amphore fut introduit en 2012. Aujourd’hui, le domaine fait appel à 6 tonneliers (une moyenne assez courante dans le Bordelais), il y a environ 50% de bois neuf, 35% d’amphores et 15% de bois de second vin.

Ces amphores sont très spécifiques car dessinées par monsieur Comme avec une forme inversée afin d’avoir moins de contact avec les lies et ainsi obtenir moins de gras donc plus de fraîcheur. Les 15 cm de béton d’épaisseur accueillant le Cabernet seront mélangés aux graves, alors qu’un mélange avec du calcaire accueillera le Merlot. Ces éléments ajoutés à la composition des amphores seront prélevés sur les meilleures parcelles du domaine. L’argile médocain parachève ces écrins d’élevage qui seront ainsi au plus près du terroir.

Aucune taille, pas de vendanges vertes, pas d’effeuillages. Ils attachent juste au mois de juillet et coupe ce pont en décembre.

Ce terroir se compose de 81 hectares de vignes dont 50 d’un seul tenant avec 30 hectares près de l’estuaire de la Gironde. On est à 30% de Merlot, 62% de Cabernet Sauvignon (sur un sol de sables et de graves) avec 4% de Petit Verdot. La pratique d’une greffe avec des jeunes vignes peut être tentée pour redonner vie à un pied malade, ce qui permet de conserver le système racinaire et donc l’âge du cep d’origine. En revanche, grâce à la technique compliquée de complentation, qui consiste à faire pousser une jeune vigne de secours en cas de maladie trop grave pied par pied, l’arrachage totale de la parcelle pourra être évitée.

 

C’est en 2004 que ce domaine si prestigieux a débuté son aventure dans la biodynamie et ne s’en est éloigné qu’une seule et unique fois depuis. En 2007, pris de peur et surtout par manque d’expérience, Monsieur Tesseron prendra la décision de traiter, ce qui reporta la labellisation. Mais tout vient à point à qui sait attendre car en 2010, le domaine sera labellisé Biodyvin ainsi que Demeter en 2014. A noter que la bouillie bordelaise est autorisée contre le mildiou. Derrière cette réussite, il y a donc cet homme dont je vous parlais plus tôt, Jean-Michel Comme, et ses 30 années d’expérience sur le sujet au service des 10 ha qu’il exploite avec succès en partenariat avec sa femme Corinne à Sainte-Foy Bordeaux, Château du champs des treilles.

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Mon chef sommelier et moi-même avons eu la chance de découvrir ce domaine en décembre dernier, vieux rêve pour l’un et immense découverte pour l’autre… Nous sommes comme deux gamins à regarder cette magnifique propriété, les rangs des vignes enherbées, le cheval de labour qui travaille avec son binôme humain sur les pentes du vignoble. On nous confie viser 100% de traction animale, pour éviter de tasser le sol avec ces tracteurs modernes qui sont de plus en lourds et détruisent la vie microbienne.

Vie que la biodynamie défend pour le bien de la terre mais aussi et surtout pour le bien du vin. On nous montre alors des bâtiments au loin qui abriteront bientôt le futur haras ainsi que l’atelier pour y fabriquer leur propres attelages adaptés à chaque tache (ils possèdent pour l’instant 6 chevaux de traits bretons et 2 percherons). On apprend également qu’il y a déjà 42ha travaillés sans aucun tracteur et que le fumier provient de leur propres vaches.

 

 

Nous finirons la visite comme toujours par le moment le plus agréable, vous l’aurez deviné… La dégustation ! Le Château Pontet-Canet 2015 a un nez discret, floral, étonnement frais pour ce millésime. En bouche, on retrouve des fruits noirs, mais surtout l’élégance et une finesse souvent révélatrices de vins en biodynamie. On achève la dégustation sur une belle fraîcheur.

 

Nous avons donc pu voir que le bio était possible sur un grand domaine viticole, de surcroît à Bordeaux et pour couronner le tout en grand cru classé. Ils sont même allées au delà du bio, ils sont passés en biodynamie et sans vraiment communiquer dessus. Leur réussite ne s’arrête pas juste à la santé de leur vignoble ou à la qualité de leurs vins, on entend beaucoup parler d’eux partout dans le bordelais… La réussite serait-elle la plus belle des publicités ?

 

 

2 Comment

  1. Alicia says: Répondre

    Toujours aussi magnifiquement écrit et aussi intéressant !

    1. Kylia06 says: Répondre

      Merci beaucoup. Il se sera fait attendre…

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